C’est dans la province de Mendoza, au coeur de la Valle de Uco, que Lorena et Mauricio ont choisi de s’établir pour construire ensemble un lieu de vie pas comme les autres. Leur objectif : vivre en autosuffisance dans un domaine construit entièrement de leurs mains, mais également partager leurs connaissances de l’agriculture écologique en accord avec leurs valeurs.

Un voyage initiatique de près de 20 ans

Mariés à 20 ans, et déjà heureux parents de la petite Rocio, ces deux citadins originaires de la ville de Mendoza décident de quitter leurs emplois respectifs pour partir à la découverte de l’Amérique du Sud ; à ce moment-là, l’agriculture est pour eux une discipline totalement inconnue, et, comme ils le disent eux-mêmes, ils ne savent « rien faire de leurs mains ». Durant leur voyage, qui durera près de 20 ans, ils parcourent plusieurs pays, parmi lesquels le Costa Rica, le Panama, le Nicaragua, le Venezuela encore le Pérou, en restant parfois trois ans au même endroit.

Ce périple sera pour eux une véritable école de vie : ils s’investissent dans plusieurs fermes, écologiques la plupart du temps, où ils développent des connaissances pointues dans le domaine de l’agriculture écologique, couplée d’une approche globale de la nature qui place en son centre le respect de toutes les formes du Vivant. C’est également au cours de ces voyages que commence leur investissement dans l’AsoProVida (Asociacion Protectora a la Vida), qui cherche à développer des solutions aux problèmes culturels et environnementaux.

De retour dans leur région natale, c’est pour Lorena et Mauricio une évidence : il est hors de question de reprendre leur vie d’antan. Leur périple les a changés, les a forgés, et ils le sentent au fond d’eux-mêmes : il est temps pour eux de développer leur projet, en accord avec les enseignements de leur voyage.

Vivre en autosuffisance : la liberté a un prix

S’épanouir en retrait d’un système pendant tant d’années aura permis à Lorena et Mauricio de prendre du recul sur la société et d’identifier ses incohérences. En son cœur, le consumérisme de masse, qui rend l’être humain dépendant de marques, de produits, de services, par une hypnose générale nommée « Publicité », qui implante de force dans les esprits une idée unique de la vie telle qu’elle doit être. Un système qui fonctionne car s’inscrivant dans une société urbanisée, où l’homme, accaparé par son travail, et déconnecté de la nature, n’a plus le temps de penser. Seulement celui de dépenser. Un système mécanique, qui profite financièrement à quelques-uns, et coupe notre espèce de ses racines naturelles et spirituelles. Un système qui fonctionne également car les alternatives possibles sont méconnues, et font peur.

C’est de ce système que Mauricio et Lorena décident de s’affranchir, pour vivre, comme ils le disent eux-mêmes, en Hommes Libres.

Ils récupèrent alors un terrain familial de cinq hectares laissé à l’abandon, auquel ils décident de redonner vie, à Colonia Las Rosas, une localité de moins de mille habitants au coeur de la province de Mendoza. Un petit coin de paradis sauvage, abrité par des saules pleureurs qui touchent les nuages et traversé par un ruisseau, apportant au lieu, qui peut-être très chaud et sec l’été, un vague de fraîcheur permanente. Ils acquièrent dans la foulée un « micro », bus-caravane aux allures vintage qu’ils aménagent pour qu’il recense toutes les commodités, et dans lequel ils décident de s’installer temporairement. Rapidement, Mauricio construit de ses mains une cabine de douche et des sanitaires, et relie le terrain à l’eau courante et à l’électricité ; il érige également une maisonnette en bois, qui sera une extension de leur cuisine et de leur salle à manger. Ils baptisent le lieu « Granja Rocio », du nom de leur fille, âgée aujourd’hui d’une vingtaine d’années.

Le reste suit, petit à petit : au bout de trois ans, le poulailler, les potagers, et le champ de maïs développés par Mauricio et Lorena leur permettront pratiquement de se nourrir, et le four écologique qu’ils ont construit, de cuisiner leurs aliments, intégralement bio, cultivés selon le principe de la biodynamie. Les premières fondations de leur future maison, ainsi que le toit, sont également achevés. Fin du chantier prévue dans dix mois. Le couple rêve de pouvoir y passer Noël et le Jour de l’An. Le plan de la maison est déjà dessiné, en collaboration avec un ami architecte. Celle-ci sera de forme ovale, bâtie selon une structure originale, avec des murs arrondis. Un logis tout en courbes. Le mode de construction et les matériaux utilisés sont à la fois économiques et écologiques. La maison se veut un modèle en matière d’écoconstruction : les murs seront constitués de briques d’adobes, savant mélange d’argile, d’eau de paille séché au soleil. Un matériau traditionnel dans cette région. Ces briques emmagasinent la chaleur du soleil le jour, tout en garantissant la fraîcheur à l’intérieur de la maison. Le soir, elles restituent la chaleur accumulée pendant la journée. Un ciment naturel à base de terre de couleur grise sera utilisé pour fixer les briques. Quant à l’isolation, en plus de la laine de verre, elle se fera à partir d’éléments de récupération. Entre autres choses, à partir des bouteilles en plastique de leur consommation courante, accumulées au fil des mois, et qui seront à leur tour remplies des déchets de papiers et de plastique. Les bouteilles en verre, conservées elles aussi, auront vocation à être insérées horizontalement et de manière rapprochée sur certaines zones des murs, pour créer des effets de lumières.

Si tout se déroule comme prévu, il aura donc fallu quatre ans à Mauricio et Lorena pour vivre en autosuffisance dans un lieu qu’ils auront construit de leurs mains, au cœur d’un écosystème qui leur ressemble. Le prix de tant de travail, de tant d’efforts, pourra sembler un sacrifice fou et inutile, en considérant qu’aujourd’hui, il est facile de devenir propriétaire rapidement, en contractant un prêt. A la différence près que la maison de Lorena et Mauricio aura été payée en 4 ans au lieu de 20, et qu’ils pourront désormais vivre de leurs propres produits, de manière saine et équilibrée.

Quels projets pour demain ?

L’initiative de Lorena et Mauricio ne s’arrête pas à la construction de leur maison ; il s’agira ensuite de partager, leurs produits, aussi bien que leurs connaissances.

Au cœur de leur projet, la mise en place d’une école de permaculture, méthode basée sur l’écologie naturelle qui permet la création d’écosystèmes agricoles et humains, où toutes les entités interagissent de façon positive. L’école proposerait des cours à toute personne potentiellement intéressée ou qui chercherait à monter son projet ; en outre, l’apprentissage des principes de l’éco-construction serait également possible.

En parallèle, Lorena et Mauricio prévoient également de mettre en place un espace de vente de leurs produits : fruits, légumes, herbes aromatiques… mais également du miel issu des ruches qu’ils sont en train de construire, ainsi que différents produits cuisinés de manière bio.

Enfin, Mauricio et Lorena désirent poursuivre leur investissement au sein de l’AsoProVida, en renouvelant notamment un événement annuel qu’ils organisent depuis 2013 : l’Expo Ambiental. Durant 3 jours, des conférences et des ateliers autour de thématiques environnementales sont organisées à destination des écoliers de la région de Tunuyan, pour les sensibiliser à l’écologie et leur apprendre à gérer leur impact environnemental.

La Granja Rocio en vidéo : la présentation de Lorena

(Pour obtenir la vidéo en meilleure qualité, merci de nous contacter – par ailleurs cette version de la vidéo comporte un bug à environ 1 : 52)

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