14 mars 2016. Le dimanche 13 mars à 20h00, nous prenons un bus de nuit à la gare de Retiro. Cette fois-ci, nous quittons l’effervescence de Buenos Aires. Direction Mendoza. Le grand ouest argentin. La grande région des vins. La campagne. Au pied de la Cordillère des Andes. C’est tout ce que l’on se figure alors de ce que nous allons découvrir.

Après une courte nuit, nous nous réveillons au matin du 14 dans un village digne d’un werstern. Le bus s’arrête là dans un nuage de poussière. Dans l’auberge du coin, un café au lait avec une media luna (sorte de croissant argentin) nous attend. Déjà, nous réalisons que ce n’est plus dans le même pays, plus dans le même monde que nous nous trouvons. Les hommes ont la peau tanée, le visage affûté comme une flèche d’indien, les yeux noirs, les cheveux bruns. On croirait volontiers retrouver le décor d’un western de Sergio Leone, certains de ces acteurs typés au sang indien. Les murs sont patinés de blanc. Plus de doute possible : ce n’est plus l’Europe. Plus possible de passer inaperçu, de se fondre dans la masse comme dans la ville. Nous sommes pâles. Nous ne connaissons pas l’accent local. Nous devons avoir l’air d’ailleurs de par notre simple façon d’être.

Après cette courte halte, le bus démarre de nouveau. Nous arrivons finalement à Mendoza après avoir traversé des hectares et des hectares de vignes, après une bonne vingtaine de panneaux faisant la publicité de bodegas ou de commerces de la ville. Pas le temps de nous apesantir. Nous prenons un nouveau bus pour la petite ville de Tunuyan, une heure plus au sud. Nous y arrivons à une heure de l’après-midi environ, sous un soleil de plomb, après la traversée d’un vaste territoire lunaire et râcle au sol aride recouvert de quelques arbustes bas et, çà et là, de puits de pétrole. La Valle de Uco. Uco. Du nom de Cuco : vieux chef d’une tribu établie ici en des temps immémoriaux, quand il n’était pas encore question d’Argentine. Plus d’immeubles. Les toits sont bas, les maisons à un seul étage. Les clôtures entres elles : minces, au point que chacun puisse saluer ses voisins chaque jour, discuter avec eux, savoir ce qu’il se passe chez eux. Les vieilles pétrolettes et les larges
voitures étasuniennes des années 1970-1980 sont légions. Elles s’entassent dans les allées de ces minces propriétés carrées, fidèlement gardées par un ou plusieurs chiens. Il nous faut à nouveau changer de bus pour rejoindre le hameau de Colonia las Rosas. Dans le bâtiment de la gare des Omnibus, nous nous arrêtons face à ce qui nous semble être l' »Office du tourisme ». Cet endroit vers lequel on nous a redirigé pour savoir l’horaire et la voie du prochain bus pour Colonia las Rosas. La porte est fermée. Des employées en pause déjeûner nous font signe d’entrer. Nous leur posons notre question, mais elles ne répondent pas. Elles nous indiquent que quelqu’un d’autre arrive pour s’occuper de nous. L’homme, chauve, blanc, improbable, avec une petite barbe de trois jours, apparaît en toussotant d’un air coupable. Il nous invite à nous asseoir sur les fauteuils en face du bureau auquel il s’assoit lui-même. Sur sa table, un registre. Il nous demande nos noms, prénoms, notre pays d’origine, notre ville de résidence, la raison de notre présence ici. Le temps de notre séjour. Nous découvrons une liste de personnes qui, avant nous, sont passées par ce bureau, sans doute pour la même raison que nous, et s’en sont retrouvées là à se demander où voulait bien en venir ce drôle de bonhomme affable. Il renseigne méticuleusement les informations que nous lui fournissons. Il nous tire une série de dépliants d’un tiroir et nous propose tout un tas de choses à faire et à visiter dans la région. Il s’adresse à nous comme à des gens importants, capables de contribuer au rayonnement des commerces de la région. Surprenant. Finalement, il nous donne les informations dont nous avions besoin, et le bonhomme disparaît comme il nous est apparu, dans un toussotement coupable, en rasant les murs sous le regard inquisiteur étonnant de ses trois collègues. En montant dans le car de Colonia las Rosas, la ligne 800, nous nous asseyons au milieu d’habitants locaux et d’écoliers en uniformes, à l’anglaise, comme à Buenos Aires.

Nous descendons un peu plus tôt que l’arrêt prévu. Mais l’essentiel est là : nous savons où nous nous trouvons et nous savons où nous devons aller. Nous cheminons donc, sac sur le dos. À quelques encablures de ce qui devait être notre destination finale, un imposant pick-up Dodge rouge s’arrête à notre hauteur. À l’intérieur, Mauricio et Lorena nous sourient. Nous n’avons pas besoin de nous présenter : ils nous ont reconnus. Et nous aussi. Nous hissons les sacs sur le toits du 4×4 et nous finissons la route avec eux.

Après avoir passé quelques habitations, nous découvrons une vaste étendue verdoyante sur notre droite. Ici commence le domaine de Mauricio et Lorena. Leur monde. La Granja Rocio, du nom de leur fille. Dernier virage : sous nos yeux se dévoile l’endroit où nous allons passer près de deux semaines à travailler. Là, nos yeux s’écarquillent face à ce que nous découvrons…

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