1er novembre 2016. La Mer Noire se déroule à perte de vue sous la grisaille. Elle nous procure, comme le Pacifique à Lima, à Los Angeles, à Tokyo, à Miyajima, et la Mer du Japon à Vladivostok, une impression de bout du monde.

Elle nous laisse, une fois encore, comme nus face à nous mêmes. Face à ce que nous avons accompli jusque là. Par son immensité sans bornes, insaisissable, elle ravale nos aventures à de bien maigres réalisations, à une vanité au regard de l’immensité du monde. La Mer Noire, comme cette pluie diluvienne qui transperce nos habits, nous lave de toute prétention.

Nous éprouvons un étonnant bien-être à nous trouver là, seuls sur les galets roulants de cette plage morte, à nous faire tremper bien comme il faut jusqu’aux os. Au loin, deux cargos en approche du port, dans la mélancolie d’une fin de voyage…

Cette fin de périple approche aussi pour les deux voyageurs que nous sommes. Nous autres, cargos itinérants, scarabées Décathlon lancés à la conquête du monde. Lentement, mais sûrement. Lorsque le terme sera venu, c’est une vie en miniature que nous aurons vécue…

Pourtant, loin d’être maussades, cela nous fait chaud au cœur de nous dire que nous avons passé déjà près de huit mois à aller de découvertes en découvertes, comme des bambins qui découvrent l’univers. Et ce n’est pas fini. Car notre vie entière n’est-elle pas, elle aussi, un voyage ?

Mskheta : aux origines de la Géorgie

Notre dernière étape géorgienne, nous la faisons à Mskheta. Parce qu’après être allé à Batumi, la station balnéaire emblème d’une Géorgie de demain, nous voulions en revenir aux origines de la Géorgie.

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C’est à Mskheta que tout a commencé.  On y trouve des lieux de cultes chrétiens parmi les plus anciens de Géorgie. À commencer par la cathédrale de Svétitskhovéli, construite entre le IVe et le XIe siècle, et dans laquelle nous entrons, en silence, au milieu d’une grande foule de fidèles et de popes en robe noire. Au-dessus du halo lumineux d’un tapis de petites bougies, des icônes saintes tapissent le mur de pierre. Les femmes sous leur foulard, et les hommes endimanchés prient avec ferveur. Nous ne comprenons pas tout de la manière dont les Orthodoxes pratiquent leur culte, mais nous nous laissons transporter par leur foi qui semble tout transcender.

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Cette élévation, nous la ressentons, une fois encore, dans le Monastère de Djvari, bâti au VIe siècle sur une colline qui domine la ville.

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Mskheta est vraiment le cœur spirituel de la Géorgie. Ce que nous y comprenons, bien que nous ayons parfois tendance à l’oublier en Europe, c’est que le christianisme a été et est aujourd’hui encore une religion orientale, avant d’être romaine ou même européenne. Par ailleurs, d’après de récentes découvertes archéologiques, l’église la plus ancienne du monde ne se trouverait pas en Géorgie ou même à Jérusalem, mais en Jordanie.

La Jordanie… Cet Orient, si proche et si loin de nous, que nous ne pensions a priori pas visiter, nous intrigue soudainement. Profondément. C’est comme s’il s’imposait maintenant à nous. Allons-nous revenir sur nos plans initiaux pour finalement franchir ce pas ?

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