L’économie de communion, une économie basée sur le don. Un projet utopique ? C’est pourtant le pari fou lancé en 1991 par Chiara Lubich, fondatrice du mouvement des Focolari. Un pari réussi puisqu’aujourd’hui ce sont plus de 800 entreprises dans le monde qui fonctionnent en se basant sur ce modèle.

C’est au Brésil que Chiara Lubich imagine pour la première fois le concept. Atterrée par l’ampleur des inégalités face aux tristement célèbres favelas de Brasilia, la septuagénaire italienne décide d’agir. Convaincue que les problèmes sociaux doivent être résolus à la source, elle dessine un nouveau projet de société, ou l’économie intègre en son cœur le don et la fraternité.

L’économie de communion (EdeC) est née. Empreinte de la philosophie Focolari, organisation religieuse créée en 1944, elle est de fait inspirée de la Doctrine Sociale de l’Eglise Catholique. Cependant, et il est important de le souligner, l’économie de communion est neutre de toute religion. En effet, les valeurs qu’elle porte étant humanistes avant tout, l’EdeC se veut universelle.

À première vue, on serait en droit d’être perplexe. Une économie vertueuse, cela existe déjà, sous le nom d’économie sociale et solidaire (ESS). Première confusion, puisque contrairement à l’ESS, dont les organisations ne cherchent pas le profit, l’EdeC vise le lucre. En fait, elle répond même à toutes les caractéristiques de l’économie classique : liberté d’entreprendre, d’épargner, d’investir, d’être coté en bourse et d’avoir des actionnaires, pourquoi pas.

Ainsi, sous cet angle, l’EdeC ressemble à s’y méprendre à l’économie classique. Deuxième confusion. Car dans l’EdeC, le don n’est pas vu comme un acte philanthropique, il est vu comme ce qui meut intrinsèquement tout être humain, il est vu comme son essence. C’est selon ce principe que les entreprises reversent leurs bénéfices aux personnes dans le besoin, ou en faveur de l’intérêt général. C’est aussi pour cela que les relations commerciales entre les parties prenantes ne se basent pas sur des rapports de force, mais sur un travail de réflexion systématique, pour permettre au moins bien loti de s’en sortir au mieux. C’est encore pour cela que le respect des collaborateurs et la qualité de vie au travail sont primordiaux, et que la possibilité de pouvoir donner un emploi est une vocation pour le dirigeant.

Car en donnant, on finit toujours par recevoir davantage. Et l’on pourra alors, à notre tour, donner plus encore. On arrive ainsi à la clé du modèle de l’économie de communion. En réalité, c’est la réciprocité qui rend possible cette dynamique du don.

À ce stade, il semble nécessaire d’opérer un véritable effort d’abstraction. Il s’agit de désapprendre, le temps de quelques lignes, l’idée d’un homo œconomicus rationnel, recherchant le profit inconditionnel. Car après tout, chacun, en y réfléchissant, se souvient d’avoir un jour réalisé un acte de générosité désintéressé. N’est-ce pas la preuve que de tels actes font partie de l’ADN de tout être humain ? Dès lors, pourquoi ne pas envisager que le don puisse être notre essence ? Ainsi, si chacun osait croire en l’Homme, le modèle de l’économie de communion basé sur le don et la réciprocité pourrait bel et bien exister à grande échelle.

L’économie de communion serait alors, peut-être, un acte militant de foi en l’Humanité.

L’économie de communion en vidéo

Rencontre avec l’Association Economie de Communion en Argentine, équipe de Tucuman : Aldo, Jorge, Ana, Matias, Maria

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