22 mai 2016. Après trois semaines passées au pied du ciel dans la Colca, nous ne pouvons nous empêcher de lever les yeux vers les hauteurs. Mais c’est à d’autres, désormais, qu’il reviendra d’observer Jupiter, Saturne, les fumerolles de volcans semi-actifs, le vol du condor royal… Un vent de nord-est nous pousse de l’avant, il nous emporte jusqu’à Arequipa.

Arequipa, la blanca, comme on l’appelle, mérite bien son surnom de ville blanche : elle se dresse comme une immense oasis, éblouissante et improbable, au milieu d’un désert ocre, dans une plaine de poussière bornée par des collines arides et, surtout, le volcan Misti, culminant à 5820 mètres et véritable emblème de la ville.

Il règne dans les rues d’Arequipa une chaleur pesante que semble tempérer la blancheur immaculée des bâtiments d’héritage colonial. La rivale historique de Lima, la capitale du Pérou, est orgueilleuse de son histoire. De ses hommes qui ne sont, à ses yeux, qu’une seule et même famille : les Arequipeños. Ceux-ci se sentent comme les dépositaires exclusifs d’un riche héritage culturel, et pour cause : le centre historique d’Arequipa fait partie du patrimoine mondial de l’humanité (au sens de l’UNESCO). Arequipa : 1. Lima : 0. Par ailleurs, la ville exerce sur les européens (et notamment sur les Français) un étrange magnétisme. Une étonnante magie qui pousse littéralement les touristes à pulluler, et les Français à s’implanter.

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Nous rencontrons deux projets français qui traduisent cette tendance. Le restaurant « Ratatouille », tout d’abord, créé par Mickaël, chef cuisinier, voilà de ça quatre mois. L’association Rayo de Sol, sur un tout autre registre, fondée il y a une décennie déjà par Marie-France Coudurier, afin d’offrir aux « bambins des bidonvilles » d’Arequipa l’accès à une école. Le projet a, avant tout, consisté à construire celle-ci, qui accueille désormais des dizaines d’enfant du quartier d’Alto Cayma, où nous nous sommes rendus.

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Chaque dimanche matin, vers neuf heures, Arequipa s’arrête. S’immobilise. Sur la Plaza de armas, les soldats des différentes unités de la ville se mettent au garde-à-vous. Ils présentent les armes face aux autorités militaires et civiles. Face aux deux grands mâts nus de la place, la foule des Arequipeños se tait. Les écoliers, alignés comme des militaires, étouffent des sourires d’enfants sous leur uniforme. Ils se font graves. Un haut-parleur invite le public à ôter tout couvre-chef en signe de respect, et les Péruviens à mettre une main sur leur coeur. Sous une brise légère, la fanfare militaire entonne l’hymne national. Et bientôt, c’est toute la place, indifférente au ballet céleste des pigeons, qui sert de caisse de résonance à la musique et qui lui donne un échos à faire trembler la terre. Quand le chant s’arrête, drapeau péruvien est hissé au sommet de son mât. Suivi par le drapeau d’Arequipa. Canon pointé vers le ciel, une rangée de soldats péruviens tire une salve. Comme en offrande au volcan Misti. Afin que le prochain tremblement de terre ne fracasse pas, une fois de plus, leur ville chérie des dieux et pourtant parfois châtiée… La bannière neige et sang flotte fièrement dans le ciel d’Arequipa. Après un ultime garde-à-vous, et un défilé général des soldats et écoliers, la vie peut enfin reprendre son cours pour une semaine.

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Cette cérémonie a quelque chose de religieux. De sacré. Sans savoir pourquoi, elle nous évoque les offrandes de jadis au soleil, aux montagnes. Les rituels de ces Incas… Les Incas. Nous entendons leur nom depuis bien longtemps. Et pourtant, nous les connaissons si peu, eux et leur histoire. Nous nous décidons à percer le mystère, et sac au dos, nous nous en allons découvrir l’ancienne capitale inca : Cusco.

 

 

 

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